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PREDICATIONS

L'histoire de Jésus Christ, histoire de l’Homme

  Pendant la crise chez nos voisins ivoiriens, tout le monde était parti du village de « Tikri » (Assemblée en mooré) pour se mettre en sécurité quelque part. Ainsi plus de prêtres, ni de catéchistes, ni de papas et mamans catéchistes. Mais les autochtones et ceux qui n’avaient plus de jambes pour fuir sont restés.

Le jour de l’Ascension, personne pour animer la prière sauf ce jeune volontaire qui semble connaître un peu de cette affaire de religion. Après les lectures, il ne savait pas quoi faire ou quoi dire. Quelqu’un dans l’assemblée lui dit : raconte nous l’histoire de Jésus et c’est bon, on pourra fêter l’ascension avec ça.

Le jeune prend son courage à deux mains et commence ainsi. « Vous savez l’histoire de Jésus, c’est un problème. De toute façon, je ne la connais pas tellement depuis qu’on en parle à gauche et à droite. Tout ce que je sais est qu’on dit qu’à sa naissance il était tout vert, surtout au niveau de son nez. Comme pour certains de nos parents, quand on ne connaît pas ta naissance, on dit que « tu es né vers », c’est pareil : on ne sait pas exactement quand est-ce qu’il est né.

 

Comme il était vert, et qu’il est né la nuit en brousse, on l’a mis dans une mangeoire et ses parents sont restés à côté pour surveiller afin que les animaux ne le confondent pas à l’herbe verte. Voilà pourquoi à la crèche, on place d’abord les animaux autour de l’enfant et ses parents sont juste à côté avec Joseph qui tient un long bâton pour éloigner ces animaux avides de tout ce qui est « vers ».  C’est pourquoi aussi, l’évangile qui retrace sa vie contient trop de « vers » :

Vers le Jourdain, vers la montagne, vers le lac, envers les pharisiens, vers ses disciples, et vers la fin, sur la croix, il tourna son regard vers sa  mère Marie et ensuite vers son disciple Jean, et finalement il est monté vers le père : voilà pourquoi on dit que c’est l’Ascension.

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 L’histoire de Jésus est une histoire « tournée vers » : vers l’humanité pour nous apporter le salut de Dieu son père, vers l’amour à donner et à recevoir, vers le frère pour lui porter secours, vers l’ami  pour s’accompagner le plus loin possible dans la vie.

            Le jeune achève son histoire ainsi : mon frère, ma sœur, si ta vie n’est pas « vers » comme celle de Jésus, à partir d’aujourd’hui, il faut accepter de te « tourner vers » (c’est-à-dire se convertir) vers nous, vers Dieu : Bonne fête, c’est l’Ascension !!!

…………………………….

Frères et sœurs en Christ, je voudrais vous conter et re - conter cette histoire que nous connaissons tous ;

Je voudrais vous redire l’histoire de cet homme, plutôt de cet enfant né d’une mère, un jour de notre  temps.

Cette longue histoire de plus de 2000 ans, tissée en 33 ans de vie d’un jeune homme du nom de Jésus de Nazareth, qu’on appelle Christ.

Cette histoire, nous ne nous fatiguons jamais de l’écouter surtout qu’elle commence dans sa fin et se termine à son début, elle n’a pas de fin : «Je suis l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin » de tout.

A chacun sa version selon son objectif et ses moyens pour dire la vie du Christ : une nuit de noël un enfant nous né dans la brousse car dans la maison des hommes, il n’y avait plus de place. Il a reçu bon accueil au milieu des animaux et des bergers, et en souvenir et reconnaissance il a conservé le nom de pasteur.

Cette longue histoire peut se dire en quelques mots, en quelques phrases, comme le disait notre jeune volontaire du village de « Tikri » : tout est écrit vers, tout est orienté vers…. Oui il a une vie tournée vers ….

VERS sa mère : ma mère, mon frère et ma sœur, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent !

VERS Son père : soumission totale !

VERS ses frères : aimez –vous les uns les autres comme je vous ai amés !

 VERS les malades : lève-toi, prends ton grabat et marche !

VERS les pécheurs : Zachée : aujourd’hui le Règne de Dieu est arrivé dans cette maison !

VERS les personnes éprouvées : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra !

VERS les enfants : laissez les enfants venir à moi,…, tout ce que vous vous aurez fait à l’un de ces petits … C’est à moi que vous l’avez fait !

VERS les jeunes ambitieux : vas, vends ce que tu possèdes, puis viens et suis moi !

VERS les  docteurs de la loi, les gardiens de la religion d’Israël : le Fils de l’homme est maître même du Shabbat ! Avant qu’Abraham n’existe, je suis !

VERS Pilate, représentant du pouvoir suprême des hommes : tu n’aurais sur moi aucun pouvoir !

VERS la loi et l’autorité légale : le shabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le shabbat ! donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu !

VERS le soldat violent : si j’ai mal parlé, dis-moi ce que j’ai dit de mal, si je n’ai pas mal parlé, pourquoi me frappes-tu !

VERS le larron : aujourd’hui même tu seras avec moi dans mon royaume !

VERS sa propre souffrance : Père, non ma volonté, mais la tienne !

VERS la mort : entre tes mains, Père, je remets mon esprit !

VERS l’humanité : la volonté de mon Père, c’est que tous les Hommes soient sauvés !

VERS Dieu : je suis le chemin, la vérité et la vie : personne ne va au Père sans passer par moi !

 

Quelques phrases, quelques mots et toute l’histoire du Christ est déployée.

 Aujourd’hui le Christ retourne vers le Père et nous envoie l’Esprit pour qu’il nous mène aux extrémités de notre être, aux extrémités de la terre pour dire la Bonne Nouvelle du Royaume afin que la voie de l’Espérance qu’il a ouverte soit accessible à toute la création.

Frères et sœurs, ne nous attardons pas à regarder là-haut car celui qui s’en va, demeure parmi nous, celui qui a vécu parmi nous, nous a tracé la route qui nous conduit au bonheur éternel.

Quand viendra notre heure dernière, il nous sera demandé ce que nous avons fait de l’histoire de cet Homme-Dieu.

Quand viendra l’heure, comme aujourd’hui, il nous sera conté notre propre histoire à la lumière de l’histoire de cet Homme-Dieu :

Mon frère, ma sœur,

Ce jour là,  

Dieu ne te demandera pas combien de fois tu as été à l’Eglise, il te demandera comment tu as aimé ton prochain !

Dieu ne te demandera pas quelle marque de voiture tu possédais, il te demandera combien de personnes tu as pu porter, à qui as-tu porté secours !

Dieu ne te demandera pas quelle était la grandeur de ta maison, il te demandera combien de personnes tu as accepté de recevoir chaleureusement dans ta maison !

Il ne te demandera pas qu’est-ce que tu avais dans ta grande robe ou dans ton boubou brodé, il te demandera combien de personnes tu as aidées  à se vêtir !

Il ne demandera pas quel était ton salaire le plus élevé, il te demandera si tu as fait des compromis pour l’obtenir !

Il ne demandera pas quel est ton titre, il te demandera si tu as fait ton travail au meilleur de tes connaissances !

Il ne te demandera pas combien tu avais d’amis, il te demandera combien de personne t’ont choisi comme ami !

Il ne te demandera pas dans quel quartier tu vivais, il te demandera comment tu traitais tes voisins !

Il ne demandera pas la couleur de ta peau, il te demandera quelle est la qualité de tes valeurs !

Il ne te demandera pas pourquoi tu as mis tant de temps pour trouver le salut. Il t’accueillera à la porte du paradis, si tu as su mettre tes pas dans les pas du Christ, si tu as accepté de tourner ta vie vers la Vie.

            En montant vers son Père, Christ nous ouvre grande la porte du bonheur éternel. Si nous calquons notre vie sur la sienne, ces portes sont ouvertes pour nous !

             Il nous a laissé toutes les clés : sa parole et son corps.

            Puissions-nous en le recevant aujourd’hui tourner tout notre être vers lui qui nous conduit vers le Père.  Amen

Abbé ROUAMBA Benoît

Ouagadougou le 17 mai 2012

 

Quand des membres de sa propre famille travaillent dans des services d’urgence à l’hopital, on est souvent étonné de la façon dont ils accomplissent leur tâche avec un dévouement qui force l’admiration. « Vraiment, ces personnes ont la vocation ! ».Ces médecins, ces infirmières, ont choisi de consacrer leur vie au service des autres. Il existe bien d’autres situations où l’on trouve des personnes qui 130Es’engagent, elles aussi, au service des autres : ceux qui partent avec les ONG dans les pays en guerre, les pays en voie de développement ; ceux qui donnent de leur temps dans de multiples associations, au service des plus défavorisés, des exclus, des victimes de toutes sortes d’injustices ou de catastrophes… On parle aussi pour ces personnes de « vocation ». On parle même parfois de « la vocation d’enseignant » ou de « la vocation d’éducateur ». D’une mère de famille nombreuse qui reste disponible et attentive à ses enfants, qui les écoute avec patience, ne dit-on pas aussi d’elle : « avoir des enfants, c’était vraiment sa vocation » ?

Chaque année, le dimanche du Bon Pasteur est choisi par l’Église comme journée de prière pour les vocations. Assez spontanément, quand on parle de vocations, on pense aux religieux, aux religieuses, aux prêtres. Pourtant nous voyons bien que ce mot de « vocation » est utilisé bien plus largement dans notre langage courant. Vous le savez sans doute, le mot« vocation » vient du verbe latin vocare, appeler. « Avoir la vocation » c’est « avoir été appelé ».La vocation c’est donc tout simplement un appel, ou plus précisément, la réponse à un appel. Tout au long de la Bible, ce concept de vocation est lié au thème de l’écoute. Écoute, le premier mot de la prière quotidienne de nos frères juifs : « Shema Israël… », « Écoute, Israël, le Seigneur est l’Unique… ». Dans la première alliance, que l’on appelait autrefois l’ancien testament, les récits de vocation sont nombreux. Ils racontent de manière parfois très édifiante les circonstances dans lesquelles l’appel a été entendu par tel ou tel personnage, comment il a écouté cet appel, et comment il y a répondu. L’éc VOCATIONS-1.jpg oute de l’appel, la réponse à l’appel reçu, c’est ça, la vocation. Et si ce mot est utilisé aujourd’hui dans un sens aussi large que nous l’avons vu, à propos de personnes dévouées, ce n’est pas un simple abus de langage. Ces personnes qui s’engagent dans le service de leurs frères humains, parfois en courant pour eux-mêmes des risques, parfois en mettant en jeu leur santé ou même leur vie, où donc trouvent-ils ces ressources, ces forces qui leur permettent, chaque jour, de vivre un tel dévouement ?

N’est-ce pas surhumain, cette abnégation, cette joie de servir malgré les difficultés auxquelles il faut sans cesse faire face ? Non, ce n’est pas surhumain, c’est simplement humain. Car ceux qui répondent à l’appel qu’ils ont entendu, ceux qui vivent leur vocation, entrent, par le fait, dans une parfaite harmonie avec leur humanité. Ils deviennent pleinement humains. Ils « se réalisent » comme on l’entend parfois. En se mettant au diapason du projet de Dieu sur lui, l’homme devient plus homme. Car, en effet, si on parle de réponse à un appel, c’est bien que quelqu’un a appelé ! Et pour nous, Chrétiens, qui d’autre que Dieu appelle l’homme à se dépasser, à entrer chaque jour plus avant dans son humanité, en suivant les traces que Jésus nous a laissé ? Qui d’autre que Dieu peut être l’auteur de cet appel permanent, au cœur de nos vies, qui nous bouscule parfois, qui peut nous déranger, qui nous pousse souvent à des déplacements, à des conversions ; qui nous force à reconsidérer notre quotidien, nos façons de voir le monde, de voir nos frères humains ?

Ce Dieu qui nous appelle, chacun d’une façon particulière, quelle place lui faisons-nous ? Quels moyens prenons-nous pour l’écouter ? Quel espace cherchons-nous pour rencontrer, pour discuter avec d’autres, pour essayer de comprendre le sens et la direction de cet appel ? Quel temps de silence savons-nous nous réserver pour discerner dans la paix ?

Aujourd’hui, l’Église propose aux Chrétiens de prier pour chacun des hommes, des femmes, des enfants que Dieu appelle sans cesse. Prière pour que l VOCATIONS-2.jpg ’appel soit entendu, pour que chacun se laisse interpeller, et puisse ainsi orienter sa vie vers son épanouissement.

Qu’as-tu fait de ton baptême ? de ton mariage ? de tes responsabilités, de tes engagements chrétiens ? Qu’as-tu fait de ton sacerdoce, de ton ordination diaconale, de ta consécration religieuse ? Et toi, ici, aujourd’hui, es-tu disposé à répondre à un appel particulier, plus radical, de Jésus qui murmure à ton oreille « viens, suis-moi » ? Que ce soit un appel à devenir prêtre, diacre, religieux ou religieuse ; que ce soit un appel au mariage, à devenir père ou mère de famille ; que ce soit un appel à servir ses frères dans le célibat ; que ce soit un appel vers une profession, vers une mission, un engagement solidaire, ou simplement un mode de vie… Dieu nous appelle tous, il n’y a pas d’exception. Nous avons une vie entière pour nous mettre à l’écoute de cet appel, pour essayer de nous conformer au projet de Dieu sur nous, qui est toujours un projet d’amour. Le projet de Dieu est que l’homme soit de plus en plus homme, pour que l’humanité soit de plus en plus humaine, de plus en plus à l’image de Dieu. Car si « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » comme l’a dit St Augustin, l’homme ne peut devenir Dieu qu’en répondant à sa vocation.

Alors, frères et sœurs, en ce jour de prière pour les vocations, élargissons nos supplications pour que chacun de nous puisse écouter, entendre puis répondre à cet appel qui monte du fond de nos cœurs. Soyons capables de répondre à cet appel que Dieu, par son Esprit saint, ne cesse de renouveler pour faire de nous des êtres de lumière, pleinement humains, pour la plus grande gloire de Dieu.

« Il est l’Agneau et le Pasteur, il est le Roi, le Serviteur ». 

Pour nous, il est le bon Pasteur, parce « qu’il est l’Agneau véritable qui a enlevé le péché du monde ».

Pour nous, il est le Seigneur et le maître, parce qu’il a lavé les pieds de ses apôtres… comme un exemple pour tout homme.ENSEMBLE

Pour nous, il est le Roi, parce qu’il a été obéissant jusqu’à la mort... pour tous les hommes.

Pour nous, il est le premier, parce qu’il a été mis au rang des derniers… pour la multitude.

Pour nous, Dieu lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, parce qu’il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur… de chaque homme.

C’est à ce berger là que nous faisons confiance, c’est en lui que nous croyons.

« Il est l’Agneau et le Pasteur, il est le Roi, le Serviteur. »

Amen !

Francis ROY, diacre

         En ce jour de Pâques, il y a un mot chanté qui revient souvent : c'est le mot "Alléluia". Quand nous le chantons, c'est pour dire notre joie et notre action de grâce. Après les événements du Vendredi Saint, nous sommes heureux de nous retrouver pour fêter Jésus ressuscité. Mais en ce jour, nous n'oublions pas ceux qui ne peuvent plus chanter "Alléluia". Nous pensons à tous ceux et celles qui sont douloureusement éprouvés par les guerres, les massacres et les violences de toutes sortes. Et puis, nous n'oublions pas les victimes de la crise, les exclus, les malades, tous ceux et celles qui souffrent dans leur corps et leur cœur. Ils sont de plus en plus nombreux dans notre monde.

            La résurrection, le cœur de notre foi, se dit aujourd’hui par un tombeau vide. La pierre roulée ouvre le chemin de la foi. Il nous revient de le parcourir. Est-ce aussi évident que cela à faire ? Pouvons-nous imaginer que la résurrection du Christ est un événement qui s’est « réellement produit » ?

Deux faits permettent de parler concrètement de la résurrection : tout d’abord, la foi soudaine et inexplicable des disciples, une foi d’une ténacité telle, qu’elle résiste même à l’épreuve du martyre ; deuxièmement, l’explication de cette foi que les intéressés, c’est-à-dire les disciples, nous ont laissée. Au moment décisif, lorsque Jésus fut arrêté et exécuté, les disciples n’étaient dans l’attente d’aucune résurrection. Ils prirent la fuite et concroix-pascale-eod.jpgsidérèrent que le cas de Jésus était clos.

            Il a donc dû se produire quelque chose qui, en peu de temps, a non seulement provoqué le changement radical de leur état d’âme mais les a conduits à une activité complètement nouvelle et à la fondation de l’Église. Ce « quelque chose » est le noyau historique de la foi de Pâques.

La mort du Christ est le témoignage suprême de sa charité, de son amour pour nous. Aujourd'hui, nous entendons une bonne nouvelle. Jésus est ressuscité. Il est vivant. Il nous rejoint dans notre monde tel qu'il est. Il ne vient pas pour résoudre tous nos problèmes. Il n'est pas un magicien qui aurait des solutions toutes faites. S'il vient c'est pour mettre en nous l'amour qui est en lui. C'est aussi pour nous envoyer vers les autres, en particulier vers ceux qui sont douloureusement éprouvés. Et il attend de nous que nous soyons les témoins de l'espérance qui nous anime.

Nous avons tous en tête que Pâque c'est la résurrection du Christ, son passage de la mort à la vie. Nous l'avons appris au catéchisme et on nous le redit chaque année. Mais le risque est grand de n'en rester qu'à une connaissance intellectuelle. Chacun peut s'interroger : qu'en est-il dans notre vie ? Est-ce que nous avons vraiment expérimenté cette présence de Jésus ressuscité, celle qui nous fait passer du doute à la foi ? Quand on a fait cette expérience de la rencontre avec Jésus ressuscité, plus rien n'est comme avant. Ils sont nombreux ceux qui ont pu dire : "Il a changé ma vie."

Tout au long de ce temps de Pâques, nous entendrons des récits d'apparitions de Jésus ressuscité à ses disciples. Il les rejoint pour raffermir leur foi. Ils en ont été complètement transformés. Le même Christ nous rejoint aujourd'hui pour nous inviter à sortir du doute. Il est présent dans l'Eucharistie qui nous rassemble. Des baptêmes ont été célébrés cette nuit. D'autres le sont aujourd'hui et tout au long de ce temps pascal. Tout cela nous dit que Jésus veut être avec nous dans tout ce que nous vivons. Il veut être présent dans nos joies et nos peines, dans nos gestes de solidarité, dans notre travail et nos loisirs. Rien de ce que nous vivons ne peut lui être étranger.Hans-MULTSCHER-GRD.jpg

Cette fête de Pâques est pour nous un appel à vivre en ressuscités. Jésus nous ouvre le chemin. Avec lui, nous pouvons dire aux autres qu'ils peuvent aussi se relever, qu'ils peuvent aussi marcher vers la lumière. Nous sommes tous enfants de Dieu. Nous sommes tous appelés à vivre auprès de lui pour toujours. Un jour, Jésus a dit qu'il n'est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver. C'est de cela dont nous avons à témoigner. C'est notre mission et notre responsabilité de baptisés.

La bonne nouvelle de ce jour c'est que Dieu n’est pas du côté du mal, de la souffrance et de la mort ; il est du côté de la vie, du côté des vivants. Si nous sommes atteints par la maladie ou la souffrance, il faut se dire qu’elle ne vient pas de Dieu. Un Dieu amour ne peut être que du côté de la vie. A travers la résurrection de Jésus, les apôtres découvrent que Dieu est plus fort que la mort. Ils se disent alors : Si Dieu est plus fort que la mort, s’il est capable de ressusciter son Fils, cela change tout pour nous. Dans notre lutte contre les forces du mal, nous sommes assurés de gagner.

Dans le fait de la résurrection, les disciples trouvent une assurance formidable pour leur propre vie. Ils sont prêts à affronter toutes les souffrances, les tortures et même la mort plutôt que de renier leur foi. Pour eux, la mort est un passage vers une vie autre qu’ils ont touchée en la personne de Jésus. Tout cela nous renvoie à notre vie de croyants. Etre croyants, ce n’est pas se faire une petite idée en se disant : "je crois qu’il y a quelque chose la haut." Ce n’est pas cela, même si nous le pensons.

Etre croyants, c’est croire en Jésus ressuscité ; cela change toute notre existence. A partir de ce moment-là, nous allons avoir un plus grand réalisme. Nous ne pourrons jamais nous boucher les yeux devant le mal du monde. Au contraire, nous nous engagerons à le combattre comme Jésus l’a fait. D’autre part, nous irons avec cette assurance qu'avec Jésus, nous sommes gagnants. Cela peut changer aujourd’hui et ça continuera à changer. Le monde nouveau est commencé. Nous sommes déjà ressuscités, nous dira l’apôtre Paul.

Alors oui, nous avons raison de chanter Alléluia. Parce qu’au centre de notre foi, il y a cette assurance que Jésus est ressuscité. Nous chanterons Alléluia parce que notre vie prend un tout autre sens et une toute autre valeur.

Amen.

Francis ROY, diacre

"Peur" une fois. "Peur" une deuxième fois. "N'ayez pas peur" entre les deux.

 

Manifestement, le « n'ayez pas peur » de l'Ange ne leur avait pas servi... Manifestement, la parole de Dieu n'a pas une efficacité immédiate...En quoi les saintes femmes nous ressemblent, je pense. Ou bien : c'est nous qui leur ressemblons. Car nous le savons d'expérience : nous y croyons et nous n'y croyons pas. Enfin, pas tout de suite, pas comme il faudrait... Ou : pas comme nous pensons qu'il faudrait. Ou : pas comme on nous a dit qu'il fallait.

 

Mais si ce que nous venons d'entendre est Évangile, c'est-à-dire parole de Dieu, cela veut dire aussi que toutes nos peurs et toutes nos questions ont place dans la parole de Dieu. Peuvent y être… peuvent devenir Parole de Dieu ... Elles peuvent être Évangile, aujourd'hui en ce XXIe siècle, -- elles sont Évangile -- comme elles étaient Évangile il y a 2000 ans, au tout début. Ce que nous portons en nous peut être Bonne Nouvelle pour les gens d'aujourd'hui comme saint Marc l'a été pour les chrétiens de la ville de Rome, lui qui a rédigé le tout premier Évangile.

 

Reprenons sous un autre point de vue, et nous verrons à quelSAINTES_FEMMES_AU_tombeau_M-DENIS.jpgles conditions nous pouvons écrire l'Évangile pour les gens qui nous entourent.

 

"Elles avaient peur et ne dirent rien à personne" -- c'est la dernière phrase. Et pourtant nous sommes ici pour fêter Pâques. C'est donc ... -- Comment dire ?... Que quelque chose s'est passé... Que la dernière phrase du texte n'a pas le dernier mot... --. Qu'elles avaient fini par dire quelque chose à quelqu'un. Et que ce quelque chose est venu jusqu'à nous.

 

Et quel est-il, ce quelque chose ? ce quelque chose que nous avons reçu et entendu ?

Il y a eu pour les femmes une nécessité de partager avec d'autres le fond de leur vie, leur expérience essentielle…

 

Jésus avait eu une lourde pierre posée sur son corps, mais leur pierre à elles était bien plus lourde encore, et elles ne s'en étaient pas rendu compte. Elles avaient des verrouillages, des blocages, des impossibilités de parler, voire des interdictions de parler. Leur peur, c'était la peur d'exister avec des choses nouvelles, la peur de l'impossible, la peur de la vie, la peur que la vie soit possible, la peur de la vie en elles, la peur d'avoir quelque chose en elles qui pourrait devenir intéressant pour les autres, la peur que l'infini de Dieu soit en elles...

 

La peur d’une traversée… La peur d’un Esprit Saint qui  pousserait au large …

 

Eh bien, cette pierre-là, si la parole des femmes est arrivée jusqu'à nous, c'est donc qu'elle avait été enlevée elle aussi. D'une certaine façon, la résurrection de Jésus était assez logique : il était tellement plein de vie qu'il ne pouvait pas rester dans la mort, mais le vrai miracle est la résurrection des femmes.

 

Croire au changement, c'est cela qui n'est pas normal. Croire à la force de l’Amour, non plus.

 

Oser croire que de nous puisse jaillir une vie. Croire à de la vie en nous, croire à la vie en nous, et que nous puissions la partager : C'est cela le miracle. Et c'est cela la Bonne Nouvelle que nous pouvons donner aux personnes autour de nous : aucune pierre n'est définitive pour personne.

 

À une seule condition : pour dire cela, j'écoute encore ce qu'ont vécu les saintes femmes... Il leur a fallu du temps... Elles n'ont pas compris tout de suite... Mais elles ont cru qu'il y avait quelque chose à comprendre.

 

Dans le noir de leur tombeau à elles, elles ont laissé germer leurs questions. Elles ont commencé par la détresse du vide total, -- aujourd'hui il y a tellement de personnes en détresse totale ! --. Puis dans le noir elles ont discerné un visage -- ne pourriez pas être le visage d'humanité dont les gens pourraient se rappeler ? Un visage qui leur donne confiance ? un mot, juste un mot discret comme ces petites bougies de la nuit de Pâques, qui les aide dans leur naissance à la vie ?

 

Il a fallu du temps, il faut toujours du temps : le premier jour, le deuxième jour... et il y eut un soir, et il y eut un matin....

 

Mais une fois que c'est là, on traverse tout, on va jusqu'au bout du monde, comme les Sainte-Marie de la mer, les saintes femmes. Comme les apôtres. Comme vous, comme nous, qui sommes l'Église universelle, corps du Christ ressuscité.

 

À Pâques le monde commence. Le monde et chacun.

 

(La parenthèse finale est pour partager avec les non-bourguignons une découverte de deux verbes qui pourraient nous raconter Pâques : trésir et trocher. Trésir, c'est sortir de terre. trocher, c'est se répandre. La parole de Dieu, qui est plante vivace, à Pâques, trésit et troche. Par nous)

 

Joyeuses Pâques en chacun et pour tous!

 

Bien souvent, les mots sont trop pauvres pour contenir tout l’amour que l’on voudrait exprimer. Alors, ils s’effacent devant les gestes. Ces derniers peuvent avoir plus de poids que de simples paroles. Ce soir, avec tous les chrétiens du monde entier, nous nous concentrons sur un geste du Christ : « Jésus, ayant aimé les siens, les aima jusqu’au bout. Se levant de table, il se mit à laver les pieds de ses disciples. »

Il me semble absolument essentiel que nous comprenions bien ce que Jésus a fait. Dans ce récit, il s’agit d’un testament qui nous fait part des dernières volontés de Jésus. Ce testament de Jésus, c’est celui de Dieu. Il ne parle pas de considérations hautement religieuses, mais de servir, laver les pieds des disciples ; c’est le travail du serviteur, de l’esclave. Lui, le Maître et Seigneur, a lavé les pieds de ses disciples.

Le geste est étonnant, bouleversant, scandaleux même. Pierre en sait quelque chose et il ne s’est pas gêné de le dire à Jésus. Quoi ? Le maître dans le boulot de l’esclave ! Le Seigneur en tablier de cuisine ! Dieu par terre à nos pieds ! Et cette question pertinente : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? »

Oui, Jésus l’a fait, ce qui est tellement mieux que de le dire. Il a mis le linge à sa ceinture, il a versé l’eau dans le bassin, il a lavé les pieds de ses disciples, il les a essuyés avec la délicatesse de l’amour. Il l’a fait ! Il a fait cela ! Le Maître et le Seigneur nous a aimés jusqu’au bout, du fond de son cœur à lui, jusqu’au bout de nos pieds à nous. Ce soir-là, il ne pouvait pas aller plus loin dans l’amour montré et démontré.

Encore un jour, demain. Et ce sera la croix. Oui, encore plus loin : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Il le fera. Il l’a fait aussi.

Ah ! ce geste. Éloquent et spectaculaire parce que très simple, et finalement banal, celui de tant de personnes, tous les jours, aujourd’hui encore. La plus belle des prédications sur l’amour, le sacrement humain le plus proche du modèle de Jésus ce soir. « Si je vous l’ai fait, faites-le aussi les uns aux autres. »

L’infirmière à l’hôpital, la maman avec ses enfants qui pleurent dans la nuit, peut-être aussi le papa-, le soignant de l’Alzheimer, du cancer et du sida. Et tous ces humanitaires sur les champs de bataille de toutes les haines et de toutes les exclusions, qui sont simplement là où ne restent que celles et ceux qui ne peuvent pas faire autrement, trop pauvres ou trop seuls pour aller ailleurs, dans le bidonville, la maison en ruine ou la pourriture des tas d’ordures des grandes villes. Oui, bénis soient tous ces Jésus de tous les lavements des pieds !

Alors, bien sûr, il y a ce que l’on fait, et la manière de le faire, la musique de l’action et le ton du service. On appelle cela l’humilité, autrement dit ce qui se fait d’en bas au lieu de tomber d’en haut, ce qui se donne gratuitement dans la discrétion au lieu de se présenter dans l’ostentation. « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis », dit Jésus. Avec quelle autorité ? quelle Seigneurie ? quelle divinité ?: Simplement traîner la cuvette, laver les pieds, et bien essuyer entre les orteils.

Voilà l’ami véritable parce que c’est ça l’amour vrai, celui qui se recommande par son humilité, celui qui aime justement sans humilier, celui qui rayonne par débordement de bonté et non par submersion de puissance ou abus de pouvoir. cene1-duccio.jpg Oui, bénis soient celles et ceux qui servent dans cet esprit, au cœur des relations de couples, dans les familles, dans les communautés chrétiennes et dans la société. Sans faiblesse certes, mais avec la seule arme des désarmantes tendresses. Puissions entendre un jour ce que Jésus a dit à la pauvre pécheresse qui lui lava ses pieds à lui en laissant couler sur lui ses larmes à elle, puis en les essuyant avec ses cheveux : « Il te sera beaucoup pardonné parce que tu as beaucoup aimé. »

Il manquerait à cet évangile son point d’orgue si l’on ne lisait pas : « Sachant cela, heureux serez-vous si vous le faites. » Chaque fois que l’amour unit le geste à la parole, chaque fois que l’état d’esprit est pétri d’humilité et de tendresse, c’est Jésus lui-même qui active sa promesse, en nous et en ceux-là que nous servons en les aidant, en les aimant. Heureux serez-vous ! Plus encore : heureux êtes-vous !

Les grands aimants d’amour humble, simple, terre à terre, ne sont-ils pas les plus heureux du monde ? Pas ces bonheurs de pacotille, fardés d’insolence, maquillés de sourire Colgate pour revues spécialisées en papier glacé. Mais le bonheur d’une Mère Teresa ou d’une Sœur Emmanuelle, avec leurs rides sur leur peau tannée par le soleil de la charité en actes. Enfin des gens heureux dans les profondeurs de l’être, qui donnent envie d’être heureux, au moins un peu, comme eux, comme elles, par excès d’amour, sans chercher à recevoir, gratuitement. Comme Jésus le soir de ce jeudi-là, le nôtre, ce soir.

Ce peut-il que tout cela nous soit offert à nous, qui marchons si souvent hors des chemins de cette joie-là, qui sait ? parfois même du côté de Judas Iscariote ? Oui, on appelle cela l’eucharistie. Là, depuis ce même soir puisqu’il l’a fait aussi en nous demandant de le refaire en mémoire de lui, la rencontre s’opère, la communion se noue, il est grand le mystère de la foi. Oui, heureux les invités au repas du Seigneur.

Le Maître et le Seigneur en personne s’offre à nous entièrement sous les humbles signes d’un peu de pain, d’un peu de vin. Tout à fait dans l’ambiance du lavement des pieds, avec simplicité et humilité. Dans le dérisoire de ce partage entre amis autour de la même table, il faut recueillir le plus beau des cadeaux, Jésus lui-même, le Roi-Serviteur. Faisons-le dans une humilité qui s’inspire de la sienne, nos mains vides mais tendues, comme celles des mendiants d’amour que nous sommes.

Alice, qui tout à l’heure va s’unir à l’immensité du Christ en communiant pour la première fois, sera notre représentante en versant dans le vin du calice la goutte d’eau signe de notre humanité. Alors notre mémoire, ce soir, devient pleine action de grâces, et le mémorial s’étend à toutes les petites servantes –comme Marie- et tous les serviteurs -comme Joseph- qui constituent la vaste famille de Jésus, les heureux de tous les lavements des pieds, les bienheureux de toutes les eucharisties.

Amen.

Francis ROY, Diacre

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